Foyer d’accueil de protection de l’enfance

Je travaille dans un foyer de protection de l’enfance. Aujourd’hui, ce virus vient pointer les défaillances du système de soin français, le manque de moyens financiers et humain, qui existe aussi dans le domaine du travail social. J’ose encore espérer que cette situation de crise permettra à notre gouvernement le fonctionnement et les bases de son système.
Nous accueillons toute l’année, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, des mineurs en danger âgés de 0 à 18 ans. Bien sûr, nous devons continuer de travailler, nous ne pouvons abandonner les enfants que nous accueillons. Au sein de nos équipes, le virus ne nous épargne pas : certains sont en quatorzaine, d’autres en congé, certains ont une santé fragile, d’autres doivent rester auprès de leurs enfants. Il reste peu d’éducateurs présents sur site alors que la capacité d’accueil n’a pas changé.
Les conditions de travail, déjà pointée du doigt avant l’épidémie, se sont encore dégradées depuis. Nous sommes aujourd’hui contraints de vider le foyer de ses enfants afin d’accueillir en urgence les enfants confinés au domicile avec des parents maltraitants ou défaillant. Dès mardi après-midi, les Services d’Accueils Familiaux sont réquisitionnés pour venir chercher les enfants au foyer et les emmener dans des familles d’accueil, le départ est prévu dans la journée alors que cette mission s’étale normalement sur trois mois. Nous sommes censés penser l’orientation en prenant en compte le contexte chaque enfant, créer des liens de confiance, prévoir plusieurs rencontres avec le nouveau lieu d’accueil. Ce que nous faisons normalement en trois mois nous le faisons aujourd’hui en un seul jour: les fratries sont déchirées, les enfants se sentent trahis. On ne dit pas seulement au revoir aux enfants mais également à tout le travail d’équipe mené pendant des mois.
Aujourd’hui nous allons accueillir des enfants potentiellement porteurs du virus et nous ne savons même pas si un protocole médical a été mis en place pour protéger les autres enfants et professionnels.
Les enfants souffrent de cette situation inédite et nous leur devons des réponses.



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