Situation en centre d’hébergement

Je travaille dans un foyer pour sans abris. Je dois dire que les choses se sont mises en place assez rapidement : organisation du self, point d’eau et savon, équipee sociale réduite et tournante pour que les travailleurs soient le moins exposés possible, nous avons cessés les entretiens individuels avec les hébergés sauf en cas d’urgence. Une chambre et un appartement à l’extérieur sont disponibles en cas de quarantaine. Des centres d’hébergement ont également ouverts notamment à Denfert Rochereau et à Place d’Italie, mais tous les SDF n’ont pas forcément envie d’y aller même si ça devient compliqué pour eux d’être dehors et de faire la manche. Des associations se sont aussi déterminées pour continuer de distribuer des repas par exemple. On a très vite eu de l’aide et des dispositifs mis en place, notamment de la part de l’état, notre principal financeur via la DRIHL (Direction Régionale et Interdépartementale de l’Hébergement et du Logement).Nos horaires sont adaptés, tout a été relativement bien anticipé, notamment les installations en revanche et comme beaucoup d’autre, on n’a jamais eu de masques, on a bientôt plus de gel, ni de gants.
Alors oui, nous devons venir travailler car laisser 90 hommes (malades, alcooliques, toxicomanes…) confinés en collectivité peut-être compliqué… Mais le plus gros problème que nous rencontrons pour le moment est le comportement des hébergés qui ne prennent pas conscience de l’ampleur des conséquences de leurs actes. Même si on n’a aucun cas pour le moment, ça fait bien flipper, qu’ils ne jouent pas le jeu. L’amende de 135€ commence à faire son petit effet.
C’est aussi difficile pout eux de garder leurs distances avec les autres notamment pendant les heures de restauration. On a pu laissé les loisirs comme la télé et le billard avec les précautions nécessaires.
Il faut prendre en considération qu’ils ont un contact différent avec la réalité, ils ne comprennent pas que tout s’arrête d’un coup. Beaucoup sont fragiles psychologiquement. Beaucoup on vécu, aussi, des choses très graves comme des guerres avant d’arriver ici et n’arrivent pas à prendre l’épidémie au sérieux, ils ont vécus tellement de choses que ça ne leur fait pas peur.
Ils ont également des problèmes spécifiques aussi : des addictions à l’alcool ou la drogue, ou des papiers à régler en préfecture ou à la CPAM. Certains semblent se décider maintenant à faire des choses sur lesquelles ils traînent les pieds depuis des mois.
Nos hébergés sont, pour beaucoup, en très mauvaise santé physique pour certains ou psychologique pour d’autres. On n’a très peur des décompensations notamment, qui pourraient découler du confinement car nous n’avons pas de psychologue en interne au centre.
Le plus flippant pour nous, c’est ce qui va arriver après tout ça, par rapport aux retombées administratives… Tous ceux qui avaient leurs récépissés à la préfecture pour des renouvellement de papiers, bénéficient de trois mois de plus. Des rendez en préfecture, prévu depuis des mois et dont l’obtention à parfois été longue d’un an, sont évidemment annulés. Nous avons aussi peur qu’il soit encore plus difficile d’obtenir un rendez-vous après.



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